Société des citoyennes républicaines révolutionnaires,
La Société des citoyennes républicaines révolutionnaires,
Première organisation politique exclusivement féminine et populaire de la Révolution française.
En mai 1793, alors que la France révolutionnaire bascule dans la radicalité et fait face aux menaces intérieures comme extérieures, une initiative inédite voit le jour à Paris.
Pour la première fois dans l'histoire de France, des femmes du peuple décident de former un club politique non mixte. La Société des citoyennes républicaines révolutionnaires devient, en l'espace de quelques mois, le fer de lance des revendications féminines, sociales et radicales de la Révolution.
1. Fondation et profil des militantes
Fondée le 10 mai 1793 et officiellement installée trois jours plus tard dans la bibliothèque du club des Jacobins, la Société est principalement portée par deux figures majeures de la sans-culotterie parisienne :
Pauline Léon : Chocolatière issue du peuple parisien, elle s'était déjà fait connaître en 1792 en réclamant à la barre de l'Assemblée le droit pour les femmes de s'armer et de créer une garde nationale féminine.
Claire Lacombe : Comédienne de province venue à Paris, héroïne de la prise des Tuileries du 10 août 1792.
À leur suite, entre 100 et 170 femmes rejoignent l'organisation. Issue des couches populaires (marchandes, artisanes, ouvrières, épouses de sans-culottes), la Société se dotera rapidement d'un bureau, d'une présidence et d'un règlement strict garantissant la démocratie interne du club.
2. Un programme à la croisée de la politique et du social
Loin de se restreindre aux rôles traditionnellement dévolus aux femmes (charité, soins, confection de vêtement aux soldats), les « Républicaines Révolutionnaires » défendent un programme d'une radicalité marquée :
Citoyenne armée et droit de cité : Les membres réclament le port des armes. Pour elles, la citoyenneté ne peut s'acquérir que par la capacité à défendre la Patrie en danger.
Lutte économique et sociale : Face à la crise de la subsistance, au chômage et à l'inflation galopante, le club exige la fixation d'un prix plafond sur les denrées de première nécessité (le Maximum) et des mesures fermes contre les accapareurs de grains.
Radicalité politique : Politiquement très proches du courant des Enragés (mené notamment par Jacques Roux et Jean-Théophile Leclerc) et des Cordeliers, elles prennent une part active aux journées du 31 mai et du 2 juin 1793 qui mènent à la chute des députés modérés Girondins.
Union communiste libertaire
Le symbole Marat : Après l'assassinat du député Jean-Paul Marat le 13 juillet 1793 par Charlotte Corday, les Républicaines Révolutionnaires participent activement à la garde de sa dépouille et à l'organisation de son culte héroïque, se posant en gardiennes de l'héritage sans-culotte.
3. Le conflit avec la Convention et la réaction patriarcale
Le niveau d'organisation de ce club et l'audace de ses militantes commencent rapidement à inquiéter le pouvoir républicain masculin (aussi bien chez les Jacobins que chez les Montagnards).
À l'automne 1793, un conflit direct éclate sur les marchés parisiens.
1. Fondation et profil des militantes
Fondée le 10 mai 1793 et officiellement installée trois jours plus tard dans la bibliothèque du club des Jacobins, la Société est principalement portée par deux figures majeures de la sans-culotterie parisienne :
Pauline Léon : Chocolatière issue du peuple parisien, elle s'était déjà fait connaître en 1792 en réclamant à la barre de l'Assemblée le droit pour les femmes de s'armer et de créer une garde nationale féminine.
Claire Lacombe : Comédienne de province venue à Paris, héroïne de la prise des Tuileries du 10 août 1792.
À leur suite, entre 100 et 170 femmes rejoignent l'organisation. Issue des couches populaires (marchandes, artisanes, ouvrières, épouses de sans-culottes), la Société se dotera rapidement d'un bureau, d'une présidence et d'un règlement strict garantissant la démocratie interne du club.
2. Un programme à la croisée de la politique et du social
Loin de se restreindre aux rôles traditionnellement dévolus aux femmes (charité, soins, confection de vêtement aux soldats), les « Républicaines Révolutionnaires » défendent un programme d'une radicalité marquée :
Citoyenne armée et droit de cité : Les membres réclament le port des armes. Pour elles, la citoyenneté ne peut s'acquérir que par la capacité à défendre la Patrie en danger.
Lutte économique et sociale : Face à la crise de la subsistance, au chômage et à l'inflation galopante, le club exige la fixation d'un prix plafond sur les denrées de première nécessité (le Maximum) et des mesures fermes contre les accapareurs de grains.
Radicalité politique : Politiquement très proches du courant des Enragés (mené notamment par Jacques Roux et Jean-Théophile Leclerc) et des Cordeliers, elles prennent une part active aux journées du 31 mai et du 2 juin 1793 qui mènent à la chute des députés modérés Girondins.
Union communiste libertaire
Le symbole Marat : Après l'assassinat du député Jean-Paul Marat le 13 juillet 1793 par Charlotte Corday, les Républicaines Révolutionnaires participent activement à la garde de sa dépouille et à l'organisation de son culte héroïque, se posant en gardiennes de l'héritage sans-culotte.
3. Le conflit avec la Convention et la réaction patriarcale
Le niveau d'organisation de ce club et l'audace de ses militantes commencent rapidement à inquiéter le pouvoir républicain masculin (aussi bien chez les Jacobins que chez les Montagnards).
À l'automne 1793, un conflit direct éclate sur les marchés parisiens.
Les Citoyennes Républicaines Révolutionnaires, arborant le bonnet rouge et le pantalon de sans-culotte, imposent le port de la cocarde nationale aux autres femmes, notamment aux marchandes des Halles (les « Poissardes »). Des bagarres de rue éclatent entre groupes de femmes, donnant un prétexte parfait à la Convention nationale pour intervenir.
4. L'interdiction des clubs féminins et la fermeture du club
Saisissant l'occasion de neutraliser les mouvements populaires radicaux et d'écarter définitivement les femmes de la sphère politique, les députés de la Convention interviennent à la fin du mois d'octobre 1793 :
Le rapport Amar (29 octobre 1793) : André Amar, au nom du Comité de sûreté générale, prononce un réquisitoire contre la présence des femmes en politique, arguant que leur « destination naturelle » est le foyer, l'éducation des enfants et la sphère privée.
Le décret du 9 brumaire an II (30 octobre 1793) : Malgré l'intervention de rares députés défendant le droit d'association (comme Louis-Joseph Charlier), la Convention décrète la dissolution de toutes les sociétés et clubs politiques féminins.
Privées de leur tribune, menacées ou arrêtées (Claire Lacombe et Pauline Léon connaîtront la prison sous la Terreur), les militantes sont contraintes au silence. Un an plus tard, sous la réaction thermidorienne, l'accès des femmes aux tribunes publiques sera même strictement restreint par la loi.
Portée et héritage historique
Bien que sa durée d'existence n'ait pas dépassé six mois (mai à octobre 1793), la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires demeure une expérience pionnière :
Elle a prouvé l'aptitude des femmes populaires à s'organiser de manière autonome, théoriser leurs propres droits et porter des revendications socio-économiques structurées.
Elle a mis en lumière la contradiction fondamentale de la Révolution française : l'affirmation des Droits de l'Homme universels face au refus obstiné d'accorder aux femmes le statut de citoyennes à part entière.
4. L'interdiction des clubs féminins et la fermeture du club
Saisissant l'occasion de neutraliser les mouvements populaires radicaux et d'écarter définitivement les femmes de la sphère politique, les députés de la Convention interviennent à la fin du mois d'octobre 1793 :
Le rapport Amar (29 octobre 1793) : André Amar, au nom du Comité de sûreté générale, prononce un réquisitoire contre la présence des femmes en politique, arguant que leur « destination naturelle » est le foyer, l'éducation des enfants et la sphère privée.
Le décret du 9 brumaire an II (30 octobre 1793) : Malgré l'intervention de rares députés défendant le droit d'association (comme Louis-Joseph Charlier), la Convention décrète la dissolution de toutes les sociétés et clubs politiques féminins.
Privées de leur tribune, menacées ou arrêtées (Claire Lacombe et Pauline Léon connaîtront la prison sous la Terreur), les militantes sont contraintes au silence. Un an plus tard, sous la réaction thermidorienne, l'accès des femmes aux tribunes publiques sera même strictement restreint par la loi.
Portée et héritage historique
Bien que sa durée d'existence n'ait pas dépassé six mois (mai à octobre 1793), la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires demeure une expérience pionnière :
Elle a prouvé l'aptitude des femmes populaires à s'organiser de manière autonome, théoriser leurs propres droits et porter des revendications socio-économiques structurées.
Elle a mis en lumière la contradiction fondamentale de la Révolution française : l'affirmation des Droits de l'Homme universels face au refus obstiné d'accorder aux femmes le statut de citoyennes à part entière.
