Manon Roland, (1754–1793),

Manon Roland,(1754–1793)

née Jeanne-Marie Phlipon (1754–1793), est l'une des figures politiques et intellectuelles les plus marquantes de la Révolution française. Égérie du parti des Girondins, elle a exercé une influence déterminante sur le gouvernement républicain modéré, travaillant dans l'ombre d'un pouvoir institutionnel dont les femmes étaient alors officiellement exclues.

 Issue de la bourgeoisie parisienne — son père était maître graveur —, Manon Phlipon fait preuve dès son enfance d'une précocité intellectuelle remarquable. Lectures éclairées : Elle dévore Plutarque, Montesquieu, Voltaire et surtout Jean-Jacques Rousseau, qui devient son maître à penser.
Idéal républicain : Nourrie de philosophie morale et de stoïcisme antique, elle développe très tôt une aversion pour les privilèges de la noblesse et de la Cour de Versailles.

Mariage avec Jean-Marie Roland : En 1780, elle épouse Jean-Marie Roland de La Platière, un inspecteur des manufactures plus âgé qu'elle, avec qui elle forme un véritable cabinet de travail intellectuel et politique.

Lorsque la Révolution éclate en 1789, le couple s'installe à Paris. Le talent d'écriture et la finesse politique de Manon Roland propulsent immédiatement les Roland au premier plan.
Le salon de la rue Guénégaud
Manon Roland ouvre un salon politique qui devient le quartier général des républicains modérés (les futurs Girondins). S'y retrouvent régulièrement Jacques-Pierre Brissot, Jérôme Pétion, Maximilien de Robespierre (à ses débuts) ou encore François Buzot, avec qui elle nouera une profonde liaison amoureuse et intellectuelle.
L'éminence grise du Ministère de l'Intérieur
En 1792, son mari est nommé ministre de l'Intérieur. Bien que sans titre officiel, Manon Roland est la véritable cheffe d'orchestre du ministère : Elle rédige la correspondance politique, les rapports et les discours officiels de son époux.
Elle est l'auteure de la fameuse Lettre à Louis XVI (juin 1792), sommant le roi de renoncer à son droit de veto et de soutenir les prêtres constitutionnels, ce qui provoque la renvoi du ministère Roland.   

Madame Roland a été aussi une collaboratrice de presse, pour le journal Le Patriote François de Brissot, le Courrier de Lyon et le Républicain.

 L'essor des Montagnards (portés par Robespierre, Danton et Marat) et la radicalisation de la Révolution vers la Terreur scellent le destin de Manon Roland et des Girondins.
Janvier 1793
Démission de Jean-Marie Roland du ministère après le procès du Roi.
31 mai - 2 juin 1793
Arrestation des députés girondins par les sans-culottes. Roland s'enfuit en province, mais Manon choisit de rester à Paris.
1er juin 1793
Incarcération à la prison de l'Abbaye, puis à Sainte-Pélagie et à la Conciergerie.
 
Durant ses cinq mois de captivité, elle rédige ses Mémoires, un témoignage historique exceptionnel sur les coulisses de la Révolution et un plaidoyer pour la liberté. 

Vous me jugez digne de partager le sort des grands hommes que vous avez assassinés, je tacherai de porter à l’échafaud je courage qu'ils y ont montré. 
C'est dans ces termes que le  8 novembre 1793, elle fait face au   Tribunal révolutionnaire, qui vient de la condamner à mort pour conspiration contre la République elle sera guillotinée le jour même. 

En montant à l'échafaud sur la place de la Révolution, elle lance  sa célèbre phrase :
« Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
Son mari, apprenant son exécution depuis sa cachette près de Rouen, se donne la mort quelques jours plus tard.
Postérité et héritage
Manon Roland
incarne une voie féminine singulière au cours de la Révolution : contrairement à Olympe de Gouges ou Claire Lacombe, elle n'a pas revendiqué de droits politiques explicites pour les femmes, préférant utiliser le réseau des salons et l'écriture pour exercer un pouvoir politique direct et structurant. Ses Mémoires demeurent l'un des plus grands classiques de la littérature politique du XVIIIᵉ siècle.

 Que les lâches ont la vue courte ! Ils ne s'aperçoivent pas que c'est la faiblesse des poltrons qui fait toute la force des audacieux !

 Parmi toutes les femmes dont les noms sont inscrits dans les annales de la Révolution française, aucune n’a joué un rôle plus utile ni plus distingué que Madame Roland. Son esprit, son courage, son amour pour la liberté et pour la patrie l’ont rendue célèbre. Elle mourut avec la même dignité qu’elle avait vécue,

 


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