Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt (1762–1817)

Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt (1762–1817) (cliché IA)

est l'une des figures les plus fascinantes et méconnues de la Révolution française.
Souvent caricaturée par ses contemporains comme une « amazone sanglante », elle fut en réalité une oratrice passionnée, une féministe avant l'heure et un symbole de la lutte pour la participation citoyenne des femmes

Née Anne-Josèphe Terwagne dans le duché de Luxembourg (aujourd'hui en Belgique), elle connaît une jeunesse marquée par la précarité et les abus. Servante, gouvernante puis courtisane raffinée à Londres et Paris, elle cultive une vaste culture générale et un désir ardent d'indépendance financière et politique.
Lorsque la Révolution éclate en 1789, elle s'installe à Paris et embrasse la cause révolutionnaire avec ferveur. Elle prend le nom de Théroigne de Méricourt, une altération donnée par la presse royaliste pour la ridiculiser.

Théroigne se distingue par son charisme et son style vestimentaire audacieux : elle s'habille souvent d'une redingote d'homme  rouge et porte un chapeau à plume, ce qui lui vaut le surnom d'« Amazone ». 

Chronologie d'une trajectoire hors norme
1762
Naissance à Marcourt
Fille de paysans aisés, elle quitte rapidement sa région natale après la mort de sa mère et entame une vie d'errance et d'émancipation.
1789
Engagement révolutionnaire à Paris
Assiste aux séances de l'Assemblée nationale et crée un salon politique très fréquenté par des figures comme Sieyès, Camille Desmoulins, Pétion, Brissot, Fabre d'Églantine ou Saint-Just. Elle se lie au mathématicien Charles-Gilbert Romme.
1790
Fondation du Club des Amis de la Loi : En 1790, elle cofonde avec
 Charles-Gilbert Romme.  ce club politique pour encourager le peuple à s'instruire et à participer aux débats civiques.
À la suite des journées des 5 et 6 octobre 1789 une instruction est ouverte citant Reine Audu et Théroigne de Méricourt à comparaître.Théroigne de Méricourt quitte rapidement Paris et se réfugie à Liège.
 
1791
Arrestation par les Autrichiens
Réfugiée en Belgique, elle est capturée par les forces autrichiennes qui la soupçonnent de propagande subversive. Elle parvient à convaincre l'empereur Léopold II de sa bonne foi et est libérée. 

1792
De retour à Paris elle fait une entrée triomphale aux Jacobins.
Elle se range alors du côté de Brissot,
Elle prononce un discours invitant les citoyennes à s'organiser en corps armé.
Elle déclare : « Brisons nos fers, il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps ».
Elle réclame l'égalité politique en passant par la demande du port des armes pour les femmes.
« Femmes, montrons aux hommes que nous ne leur sommes inférieures ni en courage ni en vertus... Armons-nous ! »
Elle appelle également à la création de « bataillons d'amazones françaises », la levée en masse de femmes-soldates et leur participation active à la défense de la patrie assiégée.
Elle participe activement aux événements majeurs, notamment l'invasion des Tuileries le 10 août 1792, qui précipite la chute de la monarchie.
1793
  
Bien que révolutionnaire convaincue, Théroigne prône la modération et s'associe au courant des Girondins. Cette position attire la haine des Girondins radicaux et des Montagnards.
Le 13 mai 1793, aux portes de la Convention nationale, elle est prise à partie par un groupe de femmes jacobines (les « tricoteuses »). Elle est violemment fustigée, dénudée et battue au sang. L'intervention de Marat met fin à cette agression Cet épisode traumatise profondément Théroigne. À partir de cet événement, sa santé mentale se dégrade rapidement. 
1794,
son frère la fait interner pour lui éviter la guillotine sous la Terreur. Elle passera les 23 dernières années de sa vie dans divers asiles psychiatriques, dont la Salpêtrière, où elle meurt dans l'isolement en 1817.
1794 - 1817
Internement et fin de vie. 
Déclarée folle, elle est internée jusqu'à sa mort à l'hôpital de la Salpêtrière.

Considérée aujourd'hui comme une pionnière du féminisme politique,
Théroigne de Méricourt a souffert de la fabrique du mythe réactionnaire qui en a fait une hystérique sanguinaire.
Son parcours illustre la double marginalisation subie par les femmes sous la Révolution :
-exclues du droit de vote par les hommes
-réprimées dès qu'elles occupaient l'espace public.
Sa figure a inspiré de nombreux auteurs, de Baudelaire (Les Fleurs du mal) à Alexandre Dumas (La comtesse de Charny), en passant par le dramaturge Paul Hervieu.(pièce en six actes).

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