Louise Félicité de Keralio (1758–1821)
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| Louise Félicité de Keralio (1758–1821) |
est l'une des figures intellectuelles et politiques les plus novatrices de la Révolution française. Écrivaine, traductrice et historienne, elle est entrée dans l'Histoire comme la première femme à avoir fondé et dirigé un journal politique en France, s'imposant comme une pionnière de la presse républicaine libre.
Issue d'une famille de la noblesse bretonne éclairée, Louise de Keralio grandit dans un milieu profondément intellectuel. Son père, Louis-Félix Guinement de Keralio, est un érudit, traducteur et professeur à l'École militaire (où il a notamment eu pour élève un certain Napoléon Bonaparte). Une carrière littéraire précoce : Dès l'âge de 16 ans, elle se consacre à la traduction d'ouvrages anglais et italiens et à la rédaction de textes historiques.
Une historienne reconnue : Entre 1786 et 1788, elle publie une ambitieuse Histoire d'Élisabeth I, reine d'Angleterre en cinq volumes et prépare une vaste collection des meilleurs ouvrages français écrits par des femmes. Ses travaux lui valent d'être reçue à l'Académie des sciences, lettres et arts d'Arras en 1787, sous la parrainage de Maximilien de Robespierre.
Lorsque la Révolution éclate en 1789, Louise de Keralio saisit immédiatement l'importance de la liberté de la presse nouvellement acquise.
En août 1789, elle fonde Le Journal d'état et du citoyen. C'est un événement inédit : pour la première fois, une femme assume ouvertement la direction et la rédaction en chef d'un journal d'actualité politique.
Sa ligne éditoriale : Dans ses articles, elle milite pour la souveraineté du peuple, la transparence des débats de l'Assemblée et la défense des droits civiques. Elle affirme fermement le rôle de la presse comme contre-pouvoir indispensable à la démocratie.
Le journal évolue ensuite sous le nom de Mercure national, devenant l'un des premiers organes de presse à promouvoir ouvertement l'idée d'une République en France, à une époque où la majorité des révolutionnaires soutenaient encore une monarchie constitutionnelle.
En 1790, Louise de Keralio épouse François Robert, un avocat belgo-français et militant républicain engagé. Ensemble, ils forment un duo intellectuel très actif au sein de la Société fraternelle des deux sexes et du Club des Cordeliers.
Fuite du Roi à Varennes (Juin 1791) Elle est l'une des premières à réclamer la déchéance de Louis XVI et la proclamation de la République.
Fusillade du Champ-de-Mars (17 Juillet 1791) Elle participe activement à la rédaction et à la signature de la pétition républicaine exigée par le peuple. Elle échappe de peu à la répression menée par La Fayette et Bailly.
Contrairement à d'autres figures féminines comme Manon Roland ou Olympe de Gouges, Louise de Keralio survit aux tourmentes de la Terreur.
Après la chute de la monarchie en août 1792 et la radicalisation des luttes entre factions politiques, elle et son mari prennent progressivement leurs distances avec la scène politique parisienne. François Robert devient préfet sous le Premier Empire, puis le couple s'exile en Belgique sous la Restauration en raison des lois contre les anciens conventionnels régicides.
Louise de Keralio s'éteint à Bruxelles en 1821, laissant derrière elle une œuvre pionnière qui prouve que les femmes ont joué un rôle direct dans la naissance du journalisme moderne et de la pensée républicaine.


